d'après:L'EXPRESS international n.2570 - Semaine 5-11 Octobre 2000

Harmonie atlantique

Iles du Cap-Vert

Perdu au large du Sénégal, cet archipel montagneux, ancienne colonie portugaise, entraîne le voyageur à la rencontre d'un peuple accueillant et musicien

  • MUSIQUE - Sensualité et nostalgie
  • CAP VERD Pratigue: Renseignements
  • Pages réalisées par : les Guides Gallimard

    Harmonie atlantique

    E blouis par le fascinant panorama qu'ils découvrent de la crête séparant l'ancien cratère de la caldeira de Cova et la vallée de Paul, les marcheurs descendent lentement le sentier empierré. Accroché au flanc de la montagne, cet ancien chemin muletier, aménagé pour l'acheminement des denrées, serpente au-dessus du vide.
    De nos jours, il est surtout fréquenté par les randonneurs venus d'Europe découvrir l'île de Santo Antão, l'une des plus remarquables des dix îles du Cap-Vert, et certainement celle dont les paysages sont les plus variés. Au cours de la descente, les voyageurs prennent le temps d'observer les mouvements des nuages, qui embrument par moments les sommets environnants, alors qu'à cet endroit l'altitude ne dépasse pas 1 000 mètres. En contrebas, dans la vallée, le village de Passagem et quelques maisons isolées sont égarés au milieu de la végétation, ici exceptionnellement verdoyante.
    La vallée de Paul est en effet bénie des dieux, puisqu'elle bénéficie de sources en nombre suffisant pour permettre une activité agricole intense, impensable ailleurs dans l'archipel. Cannes à sucre, papayers, bananiers, plants de haricots, de patates douces et de tomates poussent à profusion. L'eau s'écoule dans de petites rigoles aménagées le long des cultures en terrasses. Le contraste est grand avec les autres iles cap-verdiennes, et même avec les autres vallées de Santo Antão. Là, l'aridité l'emporte : sur fond de volcans, des paysages désertiques, où se mêlent zones terreuses et magmas de concrétions ocre, marron ou noires, offrent des panoramas impressionnants et inquiétants, fascinants pour des touristes en quête de dépaysement et de sensations, mais souvent inhospitaliers pour une population qui trouve difficilement de quoi subsister. Ce n'est pas un hasard si deux tiers des Cap-Verdiens vivent à l'étranger, surtout en Europe et en Amérique du Nord.
    Avec la pêche, principale ressource de l'archipel, l'agriculture fournit une bonne part des maigres revenus de Santo Antão. La canne permet la fabrication d'un excellent alcool, le grogue, distillé à environ 40 degrés. Il n'est pas rare de rencontrer le long des sentiers quelques hommes, installés en bordure de champ, presque toujours vêtus de maillots des grandes équipes du football mondial, comme la plupart des jeunes Cap-Verdiens. Ils s'affairent autour d'un trapiche, presse rudimentaire tirée par des mules ou des boeufs et servant à la fabrication du jus de canne, la calda. Le grogue, que l'on vous fait déguster sur place, encore tiède, se révèle excellent! Après quelques pauses dégustation, le groupe de randonneurs, requinqué, reprend cahin-caha sa marche et atteint Passagem, où la vie s'écoule paisiblement, à l'instar de toutes les localités de l'archipel. Ici, point d'activité trépidante. Le climat est de ceux qui favorisent la lenteur et la nonchalance : situées entre le tropique du Cancer et l'Equateur, à 500 kilomêtres au large de la côte sénégalaise, les îles du Cap-Vert subissent un chaud soleil toute l'année, parfois embrumé. La pluie ? Cela fait bien longtemps, dans ces îles, qu'on n'en a pas senti les gouttes rafraîchissantes... Les liaisons entre les îles peuvent s'effectuer soit par avion (toutes sont dotées d'un aérodrome capable d'accueillir de petits coucous ; seul l'aéroport de Sal permet l'atterrissage des vols internationaux), soit par la mer. De Porto Novo, port de Santo Antão, on peut rallier matin et soir, en une heure de traversée, Mindelo, capitale de l'île de São Vincente, à bord du Mar Azul, un navire chargé d'hommes, d'animaux et de marchandises. Capitale culturelle de l'archipel, Mindelo est avant tout le fief de Cesaria Evora, la star de la morna, et le repaire de nombreux musiciens. Quelques peintres exposent leurs toiles dans l'unique centre culturel du pays, installé dans une ancienne halle réaménagée sur le front de mer, près du port. A proximité, tournée vers le large, se dresse une pâle imitation de la tour de Belém, l'un des symboles de Lisbonne, qui rappelle, avec sa voisine la statue du navigateur portugais Diego Afonso, que les îles du Cap-Vert (Cabo Verde) ont été découvertes et colonisées par le Portugal à partir du xve siècle. Complètement désert, l'archipel revêtit très vite une importance stratégique en servant de point d'escale aux navires qui se rendaient au Brésil et, plus tard, à ceux qui pratiquaient le commerce triangulaire entre l'Afrique, l'Amérique et l'Europe. Ils laissèrent sur place des esclaves, dont les descendants peuplent aujourd'hui le pays. Comme les autres colonies alors encore sous tutelle portugaise, les îles du Cap-Vert arrachèrent leur indépendance en 1975. Pendant longtemps, le pays fut administré par un régime prosoviétique, mais le multipartisme et une véritable démocratie sont instaurés depuis 1991. De sa longue période coloniale, l'archipel ne peut guère se targuer d'avoir hérité de remarquables vestiges architecturaux. Les églises sont peu élaborées et le colonisateur a fait l'économie des édifices prestigieux tels que résidences et palais, ou encore fortifications impressionnantes, sans doute réservés à son fleuron brésilien. Néanmoins, selon un très classique plan quadrillé, les rues de Mindelo, bordées de façades aux couleurs pastel ornées parfois d'élégants balcons de fer forgé, dégagent un charme certain. A une quarantaine de minutes de vol vers l'est, l'île de Sal, aride, ne déploie pas les mêmes atouts. Elle possède en revanche la plus belle plage, qui s'étend à l'extrême sud de l'île, à Santa Maria.
    Mouillée par une eau turquoise et balayée par un vent régulier, cette langue de sable immaculé est le paradis des fondus de funboard et, depuis peu, de flysurf, sport qui permet d'évoluer sur les vagues tout en étant tiré par une aile animée par le vent. C'est aussi une base de départ pour les plongeurs qui vont visiter les épaves ou les récifs nombreux dans les fonds marins, très poissonneux par ici. Et c'est bien sûr, tout simplement, un bel endroit doté de suffisamment d'hôtels pour se reposer en toute quiétude. Seules curiosités de l'île : les rochers déchiquetés de Buracona, au nord-ouest, qui forment une petite piscine naturelle, sur laquelle se brisent des flots impétueux ; et, au nord-est, la saline de Pedra da Lume, un étonnant marais salant aménagé au centre d'un ancien cratère, que l'on découvre après avoir traversé un tunnel sous la montagne. Ce site extraordinaire pourrait servir de décor à plus d'un film d'aventures ! A proximité, la plage, moins belle que celle de Santa Maria, est très fréquentée, notamment le dimanche, par les Cap-Verdiens : on vient en famille pique-niquer au son des guitares, sauter dans les rouleaux et, surtout, profiter du temps qui passe. Tout l'esprit du Cap-Vert se trouve ici résumé.

    Pierre-Yves Mercier

    MUSIQUE
    Sensualité et nostalgie

    Portée par la célébrite de la chanteuse Cesaria Evora la musique cap-verdienne se révèle peu à peu au monde et devient le véritable ambassadeur culturel du pays. Entre influences européennes et africaines elle se répartit en plusieurs genres. Le plus connu et le plus traditionnel la morna, musique mélancolique et nostalgique, mêle fado et rythmes africains.Toujours jouée avec une petite guitare acoustique, le cavaquinho, la morna est aussi accompagnée des cris langoureux du violon. Nettement plus gaie, la coladeira est le fruit d'une intense fusion afro-brésilienne. Quant au funana, son très populaire dans l'archipel parce que plus moderne, il se rapproche du zouk antillais et se danse, beaucoup plus que ce dernier, de manière très sensuelle, tout en déhanchements très serrés et très chauds. A voir et à admirer dans les boîtes de nuit fréquentées assidûment par ces excellents danseurs que sont les Cap-Verdiens. Pour écouter de la musique, on n'a pas à chercher longtemps en soirée, bars et restaurants sont animés par de fameux orchestres dont le rêve est certainement de se faire repérer par un producteur influent et de connaître la même gloire intemationale que Cesaria Evora, la « diva aux pieds nus». Ou dans une moindre mesure celle d'autres formations comme Simentera, Paulino Vieira, Tito Paris ou encore Fantcha P.-Y.M.

    Renseignements

    Ambassade du Cap-Vert
    80, rue Jouffroy-d'Abbans,
    75017 Paris
    Tel.: 01 42 12 73 54 - fax : 01 40 53 04 36.

    Téléphoner
    Pour appeler de France au Cap-Vert, composer le 00+238 suivi du numéro de téléphone que l'on souhaite obtenir.

    Monnaie
    Compter quelque 17 escudos cap-verdiens pour 1 franc

    Voyager
    En avion. La compagnie cap-verdienne TACV relie directement Paris à Sal une fois par semaine le lundi. Durée du vol: 5 h 30.A/R à partir de 375O F .LaTACV assure également les liaisons entre
    les îles du pays. 01-56-79-13-13. En bateau. Les îles sont reliées par des lignes maritimes. Généralement deux liaisons par jour.

    SE LOGER

    A São Vicente

  • Hôtel Foya Branca.
    Situé au sud-ouest de l'île, cet hôtel agréable et calme est doté d'un très bon restaurant ainsi que d'une belle piscine. On peut y louer une chambre double pour 53O F(petit déjeuner compris) ou des appartements spacieux de 2, 3 ou4 chambres doubles. Exemple:4 chambres (soit 8 personnes), séjour et terrasse pour l7OOF par nuit. Caixa Postal 781, São Pedro, São Vicente, Cabo Verde. 31-63-73 et fax 31-63-70.

    A Santo Antaso

  • Residencial 5 de Julho.
    Hôtel modeste situé dans la rue principale de Ribeira Grande. Environ 100 F la chambre. 21-13-45.

    A Sal

  • Hôtel Morabeza.
    Très agréable hôtel en bordure de la magnifique plage de Santa Maria. Piscine,tennis, activités nautiques. Chambre double à partir de 320 F en basse saison et de 36O F en haute saison,petit déjeuner compris. Santa Maria, CP33, Sal Island, Cap-Vert, 42-10-20 et fax 42-10-21. Représentant en Europe: 00-32-92-26- 19-47.

    SE RESTORES
    Populaire spécialité cap-verdienne, la cachupa est une sorte de pot-au-feu mitonné à base de maïs avec de la viande, du poisson et des légumes. On la trouve au menu de tous les restaurants.

    A São Vicente

  • Le restaurant de l'hôtel Foya Branca.
    Excellent. Propose des plats d'influences diverses: Europe, Afrique, créations maison. Compter environ 100 F le repas. Coordonnées dans la rubrique «Se loger».

    A Mindelo

  • Chez Loutcha.
    L'une des bonnes tables de Mindelo. Grand choix de poissons et de fruits de mer. Animation musicale en soirée. Environ 50 F le repas. Rua do Coco, Mindelo, São Vicente, 32-16-36

    A Santo Antão

  • Restaurante de Antilhas.
    Etablissement modeste avec terrasse en bord de mer, face au débarcadère. Pour environ 30 F, on y sert un menu très copieux. Porto Novo, 22-11-93.

    Pages réalisées par : les Guides Gallimard.


  • d'après:L'EXPRESS international - n.2570 Semaine du 4 au 11 Octobre 2000

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